La ‘science’ de la fréquence des bains pour nos aînés

Dernièrement, les médias rapportaient que le Ministre de la Santé et des services sociaux, le Dr. Gaétan Barrette, c’était basé sur des recherches scientifiques pour établir la balise qu’un bain par semaine était suffisant pour nos aînés en CHSLD. La recherche existe, et démontre effectivement qu’on peut s’en tenir à un bain par semaine sans mettre en péril la santé physique des patients, si on fait un bain au lit les autres jours[1].

Le problème avec cette ‘science’ c’est qu’elle traite nos aînés comme des planchers ou des rebords de fenêtres. Étant moi-même à mes premiers balbutiements en recherche, j’apprécie l’importance des données probantes quand vient le temps de prendre des décisions politiques. Si laver un plancher une fois par semaine est plus économique et aussi sécuritaire en termes de prévention des infections que de le laver à tous les jours, vous me verrez promouvoir ce point de vue avec enthousiasme.

Pour déterminer la fréquence de bains dont un humain a besoin par contre, la science n’a pas sa place. La dignité est plus importante que les données probantes ici. Juste parce qu’une étude dit qu’il est sécuritaire de prendre un bain une fois par semaine, les Québécois ne se mettront pas à suivre ce conseil, notre ministre inclut. Pourquoi? Sommes-nous irraisonnables? Renions-nous la science? Pas du tout, car la décision de prendre un bain ou une douche à tous les jours, ou aux deux jours, ou deux fois par semaine est basée sur la perception de nos propres besoins.

Prendre une douche n’est pas un luxe. En CHSLD, le bain est devenu le dernier rituel qui démontre qu’on entretient encore un minimum de respects pour les gens qu’on est supposés être en train de soigner. Le rituel de laver le corps, dans un bain ou une douche, comme on le fait chez soi, est le dernier relent de dignité qui sépare les CHSLD des oubliettes où on enverrait des gens qui n’ont plus de valeur aux yeux de notre société.

La fréquence des bains doit être déterminée par les patients et leurs famille, et non par des données probantes. Les institutions ne devraient imposer aucune fréquence uniforme et universelle à des humains différents des uns des autres. On ne peut penser à l’hygiène humaine comme au nettoyage d’un comptoir.  C’est la différence entre de la science qui se respecte et de la science qui devient un outil pour justifier des pratiques dégradantes et inhumaines.

Natalie Stake-Doucet, Inf., BN, MScN

* Ce texte a été publié dans Le Devoir (1er juin) suite à sa parution sur ce blogue

[1] http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2016/05/26/002-nombre-bains-residents-chsld-normes-scientifiques-quebec.shtml

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