Vers un printemps démocratique au Québec

Au cours des dernières semaines, nous assistons à une mobilisation collective importante en Europe et aux États-Unis. En France, des centaines de milliers de personnes occupent la place de la République tous les soirs dans le cadre du mouvement Nuit Debout[1] et ce, depuis le 31 mars. Ce soir-là, on estimait que le nombre de manifestants atteignait 1.2 million[2]. Cette mobilisation, initiée au départ en réponse à un projet de loi lié au travail, s’est vite transformée en véritable mouvement collectif pour un changement de société. À tous les soirs, des centaines et des milliers personnes occupent la place de la République. Près de 120 000 personnes y étaient le 9 avril dernier [3]. Et le mouvement prend de plus en plus d’ampleur en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne et ailleurs. Comme le soulignait La Presse aujourd’hui, ce mouvement est loin de s’essouffler[4]. Aux États-Unis, « Democracy Spring[5] » bat son plein depuis le 2 avril. Chaque jour, des centaines de personnes manifestent devant le Capitole des États-Unis. Chaque jour, des centaines se font arrêter. Près de 900 arrestations[6] avaient lieu plus tôt aujourd’hui.

Plusieurs décrivent les mouvements Nuit Debout et « Democracy Spring » comme le début d’une révolution[7]. Une révolution contre l’austérité, la globalisation, la privatisation, les inégalités, la corruption et la corporatisation. Une révolution pour la justice sociale, la démocratie et les intérêts du peuple que ce soit en matière d’éducation, de santé, d’environnement, et ainsi de suite. Boudés par les médias qui n’ont pas intérêt à leur accorder trop d’importance et de visibilité, ces mouvements témoignent de la colère qui gronde au sein de la population qui subit de plus en plus les effets du système actuel. Ils visent donc à mobiliser toutes ces personnes qui ne sont ni entendues, ni représentées au sein de ce système qui tend à servir les intérêts des particuliers, des politiciens et des corporations : personnes âgées, femmes, personne vivant avec un handicap, familles, travailleurs, migrants, enseignants, professionnels de la santé, agriculteurs, militaires, patients, militants, groupes ethnoculturels, etc. Différentes réalités, même combat.

Nous dirigeons-nous vers un printemps démocratique au Québec? Il ne fait aucun doute que la colère se fait sentir ici aussi. Et pour les mêmes raisons d’ailleurs. Les attaques se multiplient contre les services publics, notamment en matière de santé, de solidarité sociale et d’éducation. On assiste à une montée du néolibéralisme  qui se traduit par un désengagement de l’État, des mesures d’austérité, des coupures et des réformes, une privatisation et tarification de nos services ainsi qu’une croissance des inégalités. On note également des reculs démocratiques importants. Ces reculs démocratiques se font particulièrement ressentir dans le réseau de santé en passant par la réforme découlant de la loi 10, la diminution des conseils d’administration (passant de 200 à 30), l’élimination du Commissaire à la santé et au bien-être, le refus d’être à l’écoute des acteurs clés dans le réseau (incluant les groupes de patients, les syndicats, les associations professionnelles et les organismes communautaires), le musèlement des professionnels de la santé par le biais de sanctions disciplinaires et/ou de congédiement.

En France, le printemps démocratique a commencé par une mobilisation pour les droits des travailleurs. Aux États-Unis, le printemps démocratique a pris forme dans le cadre de la campagne présidentielle. Au Québec, le printemps démocratique devrait d’abord s’articuler autour des reculs démocratiques auxquels fait face présentement le réseau de la santé. À ces reculs pourront se greffer d’autres enjeux similaires qui sont plus souvent qu’autrement liés à la santé de la population tels que l’éducation, la pauvreté, le logement, l’assistance sociale, l’environnement, et de façon plus large, le néolibéralisme dans son ensemble. Il est clair qu’un mouvement collectif de l’envergure de ceux qui se déroulent présentement en Europe et aux États-Unis est plus que nécessaire pour renverser le rapport de pouvoir actuel entre le gouvernement et ses citoyens (incluant les professionnels de la santé). Pour reprendre les mots de Chris Hedges[8], la révolution est dans l’air. À nous, citoyens et citoyennes, d’en faire partie !

Marilou Gagnon, Infirmière, PhD, Professeure agrégée, École des sciences infirmières, Faculté des sciences de la santé, Université d’Ottawa

[1] http://www.nuitdebout.fr/#header

[2] http://www.theguardian.com/world/2016/apr/09/seven-police-17-protesters-injured-france-demos-turn-violent

[3] http://www.theguardian.com/world/2016/apr/09/seven-police-17-protesters-injured-france-demos-turn-violent

[4] http://www.nuitdebout.fr/#header

[5] http://www.democracyspring.org/

[6] http://www.usatoday.com/story/news/politics/2016/04/16/hundreds-democracy-spring-protesters-arrested-dc/83123326/

[7] http://www.truthdig.com/report/item/revolution_is_in_the_air_20160416

[8] http://www.truthdig.com/report/page2/revolution_is_in_the_air_20160416

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