Mais où est donc l’OIIQ?

La coopérative de solidarité SABSA a vu le jour en 2014 grâce au financement de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) (300 000$) auquel s’est ajouté un financement de Desjardins Sécurité Financière (80 000$). Cette coopérative a but pour but d’offrir des soins de proximité à une clientèle souvent mal desservie, voire même négligée par le système de santé actuel. Les soins sont principalement offerts par une infirmière praticienne spécialisée en première ligne (Isabelle Têtu) qui travaille en réseau avec d’autres professionnels de la santé. Un rapport préliminaire publié en juin 2015[1] démontrait clairement que la coopérative SABSA fonctionne : elle augmente l’accès aux soins, offre des soins de qualité, coûte moins cher, sauve de l’argent aux contribuables, et démontre une efficacité exemplaire. Le constat est toujours le même à l’heure actuelle. Or, faute d’appui du ministre Barrette et du gouvernement, elle risque de fermer ses portes à compter du 1er mai.

Depuis près d’un mois, les pressions pour assurer la survie de la coopérative SABSA ne font que se multiplier. Par le biais de conférences de presse, de campagnes sur les médias sociaux, d’interventions dans les médias, plusieurs acteurs ont fait valoir les succès de la coopérative SABSA et l’importance de lui accorder une aide gouvernementale pour maintenir ses activités. Parmi ces acteurs, on compte des politiciens municipaux et provinciaux (Parti québécois et Québec solidaire[2]), des médecins (incluant le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec[3]), des infirmiers et infirmières (incluant la présidente de la FIQ), des professeurs(es) en sciences infirmières[4] et des citoyens de la ville de Québec[5]. Plus de 70 professeurs(es) en sciences infirmières ont d’ailleurs signé une lettre parue dans Le Devoir le 22 mars dernier pour exprimer leur appui à la coopérative SABSA. Toutefois, depuis le début de cette mobilisation collective, on note l’absence d’un acteur important – l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec (OIIQ).

La mission première de l’OIIQ est d’assurer la protection du public en contrôlant notamment l’exercice de la profession infirmière[6]. Elle a aussi pour objectif de promouvoir la pratique et l’expertise infirmière au sein du système de santé. L’OIIQ doit donc s’assurer que ses membres (incluant les infirmières praticiennes spécialisées) puissent exercer l’ensemble de leur champ de pratique professionnelle ainsi que leur rôle professionnel avec l’autonomie qui leur ait conférée. Elle doit également encourager le développement de modèle de soins qui répondent aux besoins de la population et faire tous les efforts nécessaires pour appuyer ses membres dans la mise en place de nouveaux modèles de soins qui démontrent la contribution du rôle infirmier tout en augmentant l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables. À la lumière de ceci, il est assez difficile de s’expliquer le désengagement total de l’OIIQ face à la  coopérative SABSA.

Bien que l’OIIQ n’ait pas participé à la création de la coopérative SABSA, elle avait la possibilité d’assurer sa pérennité par le biais de sa fondation. La Fondation de l’OIIQ offre des subventions qui peuvent aller jusqu’à 250 000$. Or, on apprenait en mars dernier que celle-ci avait refusé une subvention à la coopérative SABSA[7]. Ce refus avait d’ailleurs été dénoncé haut et fort dans une lettre parue dans Le Devoir le 14 mars[8], écrite par Bernard Roy, professeur titulaire en sciences infirmières à l’Université Laval et acteur clé dans ce dossier. À moins d’un mois de la fermeture potentielle la coopérative SABSA, on apprenait le 7 avril que la présidente de l’OIIQ avait fait une première visite sur les lieux. Dans un éditorial paru en ligne[9], elle décrivait sa visite et réitérait le même message véhiculé depuis maintenant plusieurs semaines – sans plus. Il va s’en dire qu’on s’attendait à plus de la part de la présidente de l’OIIQ et de l’OIIQ en tant qu’ordre professionnel. On s’attendait à plus de leur part pour venir appuyer Isabelle Têtu (une de leurs membres) et ses alliés qui portent à bout de bras la coopérative SABSA en plus de faire face aux médias et à la machine gouvernementale. On s’attendait à plus de leur part pour défendre les intérêts des 1500 patients suivis à la coopérative. On s’attendait à plus de leur part pour défendre la pratique infirmière avancée et le développement de modèles de soins de proximité. Bref, on s’attendait à plus de leadership, plus de présence dans les médias, plus de soutien, et plus d’actions concrètes.

En conclusion de son éditorial, la présidente de l’OIIQ « demande au ministre Gaétan Barrette de rencontrer Isabelle Têtu (…) afin qu’elle lui présente l’état de la situation et qu’ils trouvent ensemble une façon de préserver l’accès aux soins des patients vulnérables de SABSA ». C’est à vous, Madame Tremblay, de convoquer une rencontre avec le Ministre et de défendre une des initiatives infirmières les plus inspirantes des dernières années. Il n’est pas trop tard.

Marilou Gagnon, Infirmière, PhD, Professeure agrégée, École des sciences infirmières, Faculté des sciences de la santé, Université d’Ottawa

[1] http://pocosa.ca/wp-content/uploads/2015/09/Sabsa-FINAL.pdf

[2] http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201603/22/01-4963435-front-commun-pour-la-survie-de-sabsa.php; http://www.journaldequebec.com/2016/03/22/cri-du-cur-pour-sauver-la-clinique-sabsa; http://ici.radio-canada.ca/regions/quebec/2016/03/22/006-sabsa-clinique-infirmiere-appel-barrette.shtml

[3] http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201601/21/01-4942441-les-medecins-appuient-la-clinique-sans-medecin.php

[4] http://www.ledevoir.com/societe/sante/466149/une-place-pour-les-infirmieres-en-premiere-ligne; http://www.ledevoir.com/societe/sante/466130/quebec-appel-a-l-aide-pour-la-clinique-sans-medecin

[5] http://www.journaldequebec.com/2016/04/05/la-clinique-sans-medecin-sabsa-recoit-lappui-des-citoyens

[6] http://www.oiiq.org/lordre/qui-sommes-nous/mission

[7] http://www.ledevoir.com/societe/sante/465422/quebec-la-clinique-sans-medecin-menacee-de-fermeture

[8] http://www.ledevoir.com/societe/sante/465429/le-rendez-vous-manque-de-l-oiiq-avec-sabsa

[9] http://www.infoiiq.org/editorial-de-la-presidente/quand-lequite-sen-mele-meme-les-citoyens-les-plus-vulnerables-ont-droit?utm_source=Openfield&utm_medium=email&utm_campaign=infOIIQ+-+Edition+sp%C3%A9ciale+-+7+avril+2016

 

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